Tarification réseau intelligente – la poule aux œufs d’or du tournant énergétique ?

de Nils Henn | 21 nov. 2018

Il m’a rarement été donné de connaître un thème faisant autant débat que celui-ci qu’est la tarification réseau, à l’aube de la mise en vigueur de la version révisée de l’Ordonnance sur l’Approvisionnement en Electricité (OApEl).

Tout était plus simple par le passé : « Haut / bas » tarif, différenciation éventuelle entre « Eté / Hiver », grands consommateurs avec mesure de puissance et d’énergie réactive, et cela presque à l’identique entre le Réseau et l’Energie. Et c’est tout.

De nos jours tout semble vaciller, ce qui avait tendance à se répéter, et la confusion générale, pas seulement de nos clients d’électricité, croît au-delà de toute mesure :

  • La différenciation entre le Réseau et l’Energie grandit de plus en plus,
  • « Haut / bas » tarif est souvent aboli, étant donné que les plages horaires n’ont pas de lien avec les coûts du réseau,
  • La mesure de la puissance prend toujours plus d’importance car elle reflète les coûts occasionnés,
  • Les tarifs de base vont être limités à 30% dans l’OApEl, à 50% d’ici deux ans dans la LApEl,
  • La différenciation « Eté / Hiver », presque totalement aboli dans le Réseau, va revenir dans l’Energie,
  • L’inévitable boom des communautés d’auto-consommateurs, qui ne paieront quasiment plus rien aux réseaux, vont pousser les tarifs vers des hauteurs vertigineuses,
  • Et de plus, tout va devenir intelligent – dix experts ont à ce sujet onze conceptions, chaque profane en a de même une autre…

Comment sortir intelligemment de ce chaos ?

 

Mon avis : garder avant tout la tête froide ! pour plusieurs bonnes raisons :

Premièrement : l’OApEl avec son imposant article 14 sera en vigueur au 01.01.2018 – nous avons ainsi 8 mois complets pour réfléchir calmement à nos systèmes tarifaires et les adapter aux nouvelles réglementations pour le 31.08.2018.

Nous nous trouvons au beau milieu de la phase de budgétisation pour l’année prochaine – Pourquoi ne pas programmer un petit projet intitulé « Optimisation Structure tarifaire 2018 » ? Il y a encore le temps, les coûts sont sans nul doute imputables au réseau et les prestataires de services du marché n’ont sûrement pas encore surchargés ses carnets de commande.

Deuxièmement : Nous sommes encore en régulation Cost Plus. Pourquoi nous, gestionnaires de réseau, nous plaignions-nous alors que tous les coûts sont couverts par le fruit des tarifs ?

A partir du moment où les facteurs augmentant les tarifs rentrent dans le cadre de la stratégie énergétique 2050 (SE 2050) votée par le peuple et tellement appuyée politiquement, nous agissons « correctement », et ne devons pas nous faire de soucis.

Si les prix grimpent au point que la majorité pense que c’est inadmissible, les politiciens agiront d’eux- mêmes pour trouver de nouvelles solutions – ce n’est pas notre problème.

Troisièmement : Le domaine n’est pas aussi difficile. Finalement, un tarif réseau se compose uniquement de trois composantes : « Travail », « Puissance » et « taxe de base », temporellement plus ou moins dynamiquement décalés.

Ainsi trois exigences principales sont également à remplir : générer un produit exceptionnel couvrant les coûts, respecter le principe de causalité, être non discriminatoire. De ce fait, toute autre idée plus ou moins intelligente est secondaire.

Nous avons donné cette année un cours sur ce thème au sein de l’AES et avons ainsi fait l’étonnante expérience d’apprendre que la si confuse problématique peut se réduire à quelques aspects essentiels.

Voici donc encore un conseil : formez votre personnel en charge des tarifs pour qu’ils aient une vue d’ensemble de la problématique.

Retour au titre : Est-ce que des tarifs réseau entièrement dynamiques, négociés individuellement par des machines utilisant les algorithme Block-Chain, nous rapprocherons considérablement du virage énergétique ?

De tels tarifs d’utilisation du réseau avancés peuvent-ils vraiment contribuer à améliorer la balance entre la vacillante production décentralisée et la décision de consommer – car il s’agit finalement de cela. Ou vont-ils vraiment nous apporter ces fortes économies promises dans le développement des réseaux (Smart Grid)?

Je suis sceptique. La flexibilité relative au déplacement temporel de la consommation au sein des ménages est limitée, elle fait peu de sens pour les petites et moyenne entreprises, mais elle n’est pas applicable au domaine industriel et au trafic public.

Une petite participation dans le bon sens pourra certainement aider –  mais elle n’est certainement pas décisive au point que d’importants investissements soient faits.

Ma première approche est toute autre : les batteries décentralisées combinées à des cellules photovoltaïques supporteront la majeure partie de la SE2050 – si elles sont rentables.

Et c’est exactement là que je vois une participation au virage énergétique, que nous les gestionnaires de réseau pouvons nous permettre – si nous le désirons :  rendons les batteries lucratives !

Les batteries sont lucratives, si les tarifs réseau détiennent une part importante relative à la consommation et/ou à la puissance, et si un étalement important est présent entre haut et bas tarif – c’est ce que nous connaissons déjà avec les centrales de pompage, qui du fait du manque d’étalement dans les prix énergétiques, ne sont plus rentables. Autrement dit : une taxe de base importante ou des flat-rates sont du poison pour les batteries !

Ainsi, par notre rôle de gestionnaire de réseau, nous sommes au centre de la stratégie énergétique 2050. Avons-nous un rôle de leader ? Non, d’après la législation : selon le paragraphe 8 de la LApEl, nous sommes avant tout tenu gérer un réseau sûr, disponible et efficient.

Les batteries décentralisées nous y aident-elles ? Oui, car elles lissent le flux énergétique à travers nos réseaux.

Alors : faisons-en la promotion avec des tarifs amicaux pour les batteries !

 

En résumé : nous pouvons répondre par la négative à la question du titre ; des tarifs en faveur des batteries ne doivent pas être dynamiques, intelligents et complexes. Ils doivent simplement rapporter suffisamment d’argent aux producteurs afin que leurs installations soient rentables

Quelle simple logique…